Le rêve ébréché

Le jour de mes 22 ans, j’ai eu l’impression de prendre 10 ans d’un coup. Pourtant un jour d’anniversaire c’est finalement un jour comme les autres. Chaque jour qui passe te fait vieillir d’un jour, et c’est pas à ton anniversaire que tu vieillis d’une année en une nuit. Pourtant, le jour de mes 22 ans a été violent. Je me suis pris d’une volée, les conséquences de mon immaturité. Aujourd’hui pile j’en ai 25, et je les subis encore ces conséquences.
Il m’a pourtant bien fallu 3 ans pour comprendre, pour intégrer l’impact de la bêtise de mes 21 ans. A l’époque j’étais tellement jeune que je n’ai rien compris. Je pensais sincèrement avoir compris, c’est le faible de la jeunesse après tout. Comprendre de façon erronée, et se convaincre qu’on est dans la vérité. A 21 ans je me sentais invincible. Le jour de mes 22 ans j’ai compris que je ne l’étais pas. Depuis, ben j’essaie simplement de me reconstruire sur la base d’une terre friable. C’est ça « être adulte » finalement, c’est apprendre à se relever quand on n’en a plus la force, c’est se convaincre qu’il y a encore de l’espoir quand les rêves de notre enfance nous ont filé sous le nez.
A 21 ans, la vie m’a mis le bonheur sur un plateau d’argent. J’avais enfin trouvé ce que je cherchais depuis tant de temps : le grand amour. Et puis le grand amour s’est envolé. Littéralement j’entends. Nous avions à peine créé un petit mois de souvenirs que nos chemins se sont séparés. Un vol de quelques heures, une installation au bout du monde. Deux obstacles : le temps et l’espace. J’étais trop jeune, je n’avais pas les capacités de le gérer. Pourtant j’aurais du le faire pour deux, et je m’en mords les doigts depuis.
L’absence m’a envahie, comme un blizzard me tordant les entrailles, me glaçant les sens et la raison. Sentiment d’abandon, je me suis brusquement sentie orpheline. La souffrance était tellement puissante qu’elle a fini par m’aveugler, et ça non plus je ne pouvais pas le gérer. J’étais perdue, je n’avais plus aucun repère. J’ai fini par perdre confiance, confiance en lui. J’ai réussi à me convaincre que les sentiments que je lui attribuais n’existaient pas, j’avais du tout inventer moi-même, et d’ailleurs si je n’avais pas fait de rentre dedans il ne se serait même rien passé du tout entre nous. Quand il me tenait des discours disant que la vie étudiante était une parenthèse dans une vie longue, que je devais en profiter, ne pas me bloquer, et surtout pas pour lui qui n’en valait pas le coup, je me sentais rejetée. Je me disais qu’il cherchait n’importe quelle excuse pour se débarrasser de moi et être libéré.
Le jour de mes 22 ans, j’ai compris le mal que je lui avais fait quand il m’a annoncé, froidement, sèchement, catégoriquement que puisque j’avais fait mon choix, il ferait le sien. Il avancerait dans sa vie. Sans moi. Je n’existais plus.
Aujourd’hui j’ai 25 ans. Et avec le recul, doublé de maturité, j’ai compris. J’ai compris que ses mots passés étaient encore plus beaux que le « je t’aime » que je me bornais à vouloir entendre. J’ai compris que ses sentiments étaient réels, et qu’il m’avait même incitée à croire en ce qu’on avait partagé. Obnubilée par ma douleur, j’ai oublié ses déclarations, dans lesquelles il disait que j’étais un rêve qu’il ne méritait pas, que si les circonstances avaient été autres, tout se serait enclenché naturellement, parce que l’évidence était évidente, et il m’aurait alors tout donné. Avec le recul, doublé de maturité, j’ai compris que là où je me sentais rejetée pour son profit personnel, en réalité il essayait de me protéger. J’ai compris que le mal qu’il ressentait en voyant ma souffrance était plus intolérable à ses yeux que sa propre douleur. J’ai compris qu’il était prêt à sacrifier son bonheur pour le mien. J’ai compris que je n’avais pas tenu mes engagements, parce que je n’étais pas prête, pas encore assez adulte, pour ouvrir les yeux sur une situation complexe mais pleine d’espoir … Maintenant j’ai compris qu’il m’avait aimée, bien mieux que moi je n’ai su l’aimer.
J’ai compris que j’aurais du m’accrocher à lui quand il était en train de dépérir au-delà de l’océan. Que j’aurais du avoir confiance en notre avenir, que j’aurais du croire en lui plutôt que de me laisser emporter par ce putain de qing, surplus d’émotions qui amène les erreurs de jugement. J’ai compris que j’avais merdé et que je risque de ne jamais me le pardonner. J’ai su l’aimer oui, mais je ne l’ai pas aimé comme il fallait, encore moins comme il le méritait.
Le tout finalement, c’est de trouver l’équilibre subtil entre l’âme d’enfant qu’on doit conserver pour réaliser nos rêves, et la stabilité adulte sur laquelle on doit les asseoir. Je veux que le quart de siècle soit synonyme de victoire, et qu’on commence enfin à écrire notre histoire.

Photographe : Lady Tori

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